« La lumière sous les nuages » : bonne année 2018


Savoir goûter la pesanteur parfumée, le mystère sonore et les vibrations métalliques de la lumière perçant sous les nuages. A tous, une bonne et heureuse année 2018 !


Des nuages violets passaient sur nos têtes, et la lumière bleuâtre baissait de minute en minute, comme celle d’une lampe qui meurt.
Je n’avais pas peur, mais je sentais une inquiétude étrange, une angoisse profonde, animale.
Les parfums de la colline – et surtout celui des lavandes – étaient devenus des odeurs et montaient du sol, presque visibles.
Plusieurs lapins passèrent, aussi pressés que devant les chiens, puis des perdrix grandes ouvertes surgirent sans bruit du vallon, et se posèrent à trente pas sur notre gauche, sous le surplomb de la barre grise.
Alors, dans le silence solennel des collines, les pins immobiles se mirent à chanter.
C’était un murmure lointain, une rumeur trop faible pour inquiéter les échos, mais frissonnante, continue, magique.

Nous ne bougions pas, nous ne parlions pas. Du côté de Baume Sourne, un épervier cria sur les barres, un cri aigu, saccadé puis prolongé comme un appel ; devant moi, sur le rocher gris, les premières gouttes tombèrent.

Très écartées les unes des autres, elles éclataient en taches violettes, aussi grandes que des pièces de deux sous. Puis, elles se rapprochèrent dans I ‘espace et dans le temps, et la roche brilla comme un trottoir mouillé. Enfin, tout à coup, un éclair rapide, suivi d’un coup de foudre sec et vibrant, creva les nuages qui s’effondrèrent sur la garrigue dans un immense crépitement.

Lili éclata de rire : je vis qu’il était pâle, et je sentis que je l’étais aussi, mais nous respirions déjà librement.

Marcel Pagnol (Le château de ma mère)

 

CC0 Domaine public

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