Rompre le cercle vicieux de la violence : la prise en charge des victimes est un enjeu de société.


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Au moins 70.000 femmes sont victimes de viol en France chaque année, probablement autant d’enfants : plus de 90% ne font jamais l’objet de signalement (1 à 2% aboutissent à une condamnation en justice).
Ce sont 16% des femmes et 5% des hommes, qui subiront dans leur vie un viol, une tentative ou une agression sexuelle.

Facteur d’invisibilité, bien loin du sensationnalisme des medias ou des croyances communes : dans 80% des cas l’agresseur est un proche.

La violence est partout : un phénomène sous-visible et qui n’a rien d’anecdotique.

Et ces faits, qui sont des crimes, ne sont que la partie émergée de l’iceberg de multiples autres formes de violences, physique ou psychologique : conjugale, au travail, en milieu scolaire, etc.

  • En France, 1 femme meurt tous les deux jours, et 1 homme toutes les deux semaines, sous les coups de son ou sa partenaire.
  • En Europe, 5 % des travailleurs ont fait l’objet au cours des douze derniers mois de violences de la part de collègues ou d’autres personnes, 5% de harcèlement moral, 2% de harcèlement sexuel. (Agence européenne de santé et de sécurité au travail, 2005).
  • En France, près de 16 % déclarent au moins un épisode de violence ou discrimination au cours des 12 derniers mois. (INVS 2007).
  • 17% des femmes dénoncent des pressions psychologiques au travail, et 8.5% des agressions verbales . ( ENV EFF 2000 , in Chiffres Clés 2010)

Ces formes de violences visent préférentiellement les femmes, enfants, personnes âgées ou malades, handicapés, minorités, précaires, etc.

Elles figurent en cela au nombre des symptômes d’une société profondément imprégnée dans ses rouages d’une culture séculaire de domination (principalement) masculine, et qui souffre d’insidieux déséquilibres dans ses structures et interactions sociales, notamment ses rapports de pouvoir.

Les conséquences psychotraumatiques de la violence

Je vous conseille cette très courte et didactique vidéo, qui décrit en termes simples, les mécanismes neuronaux qui se mettent en place pour protéger le cerveau lors d’un viol, et plus largement de toute atteinte intolérable, pouvant engendrer un syndrôme de stress post traumatique. Le viol est la forme de violence qui entraîne le plus de conséquences psycho-traumatiques : dans 80% des cas, contre 24% en général.

Ce phénomène de « mémoire traumatique », blessures psychiques et neurologiques (visibles à l’IRM) entraînant des troubles chroniques, est absolument central, à la source de multiples effets et conséquences.

En effet, s’il n’est pas correctement pris en charge, en leur imposant pour parvenir à le gérer – flashback, exposition aux éléments de rappel, phrases assassines1, etc. – des stratégies déviantes (conduites d’évitement, conduites à risque), il a un impact catastrophique sur la vie des victimes dans son ensemble.

« La mémoire traumatique quand elle n’est pas traitée est le dénominateur commun de toutes les violences, de leurs conséquences comme de leurs causes. »

Présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, le Dr Muriel Salmona est psychiatre et psychothérapeute, et dirige l’institut de victimologie des Hauts-de-Seine.  Dans cette interview réalisée en 2011 pour PratisTV, elle détaille plus largement ces conséquences psychotraumatiques du viol, et explique en particulier (vers 15′) en quoi la « mémoire traumatique », conséquence de violence, agit également à titre de cause..

En effet, les conduites dissociantes mises en oeuvre avec pour effet de « soulager » la mémoire traumatique, agissent neurologiquement de façon comparable à un auto-shoot de drogue. Or elles peuvent s’obtenir par la violence, et conduisent donc une partie des anciennes victimes, à réguler leur propre douleur traumatique… par l’exercice de violence. D’où l’enjeu crucial qu’il y a à prendre en charge correctement les victimes, pour rompre ce cercle vicieux.

« On n’est pas responsable de sa mémoire traumatique, mais on est responsable de la façon dont on la traite ».

Cet article sur Mediapart (un peu long mais il en vaut la peine), inventorie les actions politiques nécessaires au désamorçage de la violence : protection des victimes, justice efficace, formation à la psychotraumatologie des professionnels de santé, information du grand public, éducation au respect et à la non violence.

Mais je relèverai celle-ci en particulier, car elle va à l’encontre de convictions populaires bien vivaces, sur les systèmes de correction de la délinquance, socio-éducatifs, carcéraux, etc. Les explications qui précèdent soulignent combien, lorsqu’ils sont mal compris, ceux-ci risquent d’agir en véritables bombes à retardement :

« Il faut que les auteurs de violences soient pris en charge et traités dès les premières violences, dans le cadre d’une éducation à la non-violence et de soins spécialisés pour traiter leur mémoire traumatique et leur addiction à la violence. »

J’ajoute que l’enjeu est aussi au plan global de rééquilibrer les structures relationnelles, les rapports humains dans la société. Ce qui suppose notamment un réel volontarisme politique, visant une représentation équilibrée dans toutes les instances de pouvoir, d’étude et de décision : diversité et parité hommes – femmes. Le législateur devrait aujourd’hui s’attacher à ne plus montrer l’indulgence coupable d’hier aux entorses à ces principes élémentaires de justice sociale.

(1) Livret « Signaux d’alerte et phrases assassines, les violences sexuelles sur les mineurs »
Documents :  de nombreuses études, documents et brochures sont disponibles sur le site de l’association mémoire traumatique
Illustration : « Change begins here. » de Self-portrait Girl, sur Flickr

 

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