avr 192012
 
Doisneau rentrée scolaire

Je rebondis à chaud à cet article de Christine Vaufrey sur Newsring « L’école ne rate rien, ce sont les gens qui ratent des choses », car je manque de place dans les commentaires pour le faire.

Un système stable et résilient… oui mais jusqu’où ?

Christine Vaufrey  met en exergue – ce qui pourrait justifier de s’en tenir au modèle actuel – la grande solidité structurelle du système éducatif actuel, et sa capacité de résilience, puisque de faits il résiste à tout… En tout cas à tout ce qui a pu lui arriver jusqu’ici ;)

Je ne partage pas complètement ce point, car personnellement je ne suis absolument pas sûre que cette solidité structurelle soit, aussi, à même de résister durant encore des années et des décennies, non pas aux innombrables réformes venues d’en haut du système vers le bas, mais bien plutôt au tiraillement, à la fissure, qui s’élargit toujours plus, entre l’intérieur du système, et le monde dans lequel il s’inscrit. Mondialisation, accélération des temps, capacité à absorber sans dysfonctionner les pressions structurelles sociales et sociétales…

Vue sous l’angle de l’innovation, l’article décrit l’école d’aujourd’hui comme « une machine efficiente plutôt qu’efficace », qui absorbe l’innovation, parce que c’est son rôle de le faire. Elle est « faite pour fonctionner comme elle fonctionne », et laisse une latitude à l’innovation, à condition que celle-ci se coule dans le moule. J’ai relevé à ce sujet deux phrases intéressantes :

- L’innovation a sa place à l’école, y compris au travers des usages faits des outils numériques. À condition qu’elle reste à sa place, c’est à dire à la place de l’individu, plus rarement au niveau des établissements.

- Des dispositifs d’accompagnement à l’innovation existent dans la plupart des académies. Ils sont peu utilisés, et généralement au niveau d’un enseignant, d’un groupe d’enseignants sur une discipline, rarement au niveau d’un établissement. Cherchez l’erreur.

Refonder, ou ne pas refonder ?

Arguments que l’on pourrait opposer à une refondation éventuelle. En effet,
La liberté pédagogique fondamentale (…) permet à qui le souhaite de développer des pratiques utilisant largement outils et ressources numériques. Ou pas.

Or à mon sens, tout est justement dans ce « ou pas ». Ce « ou pas », vaut aujourd’hui, dans un monde où le numérique peut encore être une option.

Mais cela sera-t-il encore vrai dans 10 ans, 20 ans ? Peut-on en termes politiques penser l’avenir du système éducatif sur la base de ce « ou pas » ? Peut-on en termes politiques *ne pas* penser l’avenir du système éducatif ? :)

Par ailleurs, l’école est faite pour fonctionner comme elle fonctionne, c’est certain. Pour autant, comme le souligne Christine Vaufrey , dans le système actuel, « plus on regarde les choses de haut, plus on simplifie et on formalise. » Et l’on voit qu’en procédant ainsi on ne parvient pourtant pas, de faits, à résorber les inégalités et résoudre les effets de bord du système, y compris dans l’allocation des moyens. Lisez par ex. à ce sujet cet article du Monde d’il y a quelques jours « Ecole : les moyens attribués renforcent les inégalités. » (je pourrais vous décrire quelques unes des raisons systémiques – et non pas seulement de politiques partisanes – qui produisent ce type d’effets, mais le propos a moins sa place ici.)

Numérique intégré, ou architecture numérique ?

Je pense pour ma part qu’il existe très probablement une voie structurelle médiane entre les deux propositions, entre un macro-système qui sur-étouffe innovation et équité de gestion des différences, des inégalités et des individualités, et le seul exemple anglais pris dans l’article, d’écoles indépendantes et livrées à elles-mêmes.

Pire, je pense que trop s’accrocher au premier est le meilleur moyen de continuer à ouvrir une voie royale aux secondes.  (Car parmi les autres « possibles », pourquoi ne pas évoquer plutôt le modèle finlandais, par exemple ?)

Et le fait que l’innovation mobilise à des niveaux individuels, plus rarement d’établissements (Cf. les deux phrases relevées plus haut) me parait assez signifiant des directions à prendre : car si l’innovation ne mobilise qu’un ou deux enseignants d’un établissement, en revanche vue transversalement, elle mobilise de nombreux enseignants de plusieurs établissements.

Le 2.0 se pense en termes de modèles ouverts, « glocaux » (global + local) et d’architecture distribuée. Le numérique modifie les rapports à l’espace et au temps. Il ouvre, de faits, des portes sur l’extérieur et des routes latérales, qui, notamment, permettent de donner du champ à l’innovation, et de désensiler, donc d’offrir des moyens de mieux gérer la collaboration, la spécificité ou la différence sans nécessairement les tirer vers l’inégalité, la simplification ou l’uniformité.

Il s’agit donc d’exploiter le numérique non pas seulement comme « outils au service de l’usage individuel » (ce qui est une vision du numérique intégré, encapsulé, où le niveau de granularité dans lequel il s’inscrit est, par exemple, l’établissement), mais bien à son échelle réticulaire (vision du numérique reliant les différentes entités et acteurs, au sein de référentiels, de champs d’interactions et de cercles opérationnels, recouvrant un territoire donné – le département ou la région par ex. -).


Viser cette voie médiane entre le système actuel pyramidal, et sa complète atomisation, revient à concevoir l’éducation 2.0 dans une vision beaucoup plus orientée « territoires + numérique » (et conséquemment une plus grande autonomisation locale, des acteurs de terrain).

Le numérique, compris dans ses conceptions technologiques actuelles (SOA, cloud computing…) devrait s’intégrer non pas seulement dans le contenu et les outils de l’école, mais bien servir de composant, de matériau, à *l’architecture*, l’ossature-même du système scolaire.

Ossature qui devrait s’aplatir, et s’étendre d’articulations fines, sans s’arrêter aux niveaux intermédiaires ni se limiter au traitement des aspects administratifs. Et ossature dont l’Etat se devrait d’être garant afin d’exclure toutes inégalités à ce titre. Ce qui de faits, revient à viser l’inverse de l’actuelle répartition d’attributions « Etat / collectivités » pour ce qui concerne les moyens matériels.

 

Doisneau rentrée scolaire

Photographie Robert Doisneau

jan 302012
 
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S’arranger pour retirer sa canne blanche à un aveugle. Dès qu’il se cognera ou tombera, conclure qu’on savait bien qu’il n’était pas autonome.

Passer 50 personnes à la torture ou au filtre d’une épreuve destructrice. Conclure que les 3 ou 4 qui s’en sont sortis, sont devenus plus forts ou plus résistants (« ce qui ne tue pas, te rend plus fort »). La réalité étant qu’ils l’étaient déjà à l’origine (sans quoi ils y seraient restés comme les autres) mais que l’épreuve en elle-même, les a probablement altérés.

Épuiser et priver de ressources les populations les plus défavorisées, en sorte que toute étincelle de ressort ne leur reste accessible facilement, que par la satisfaction de besoins primitifs : mal manger, s’assourdir de stupidités à la TV, etc. Conclure que ce sont le manque de volonté et l’incurie, qui sont la cause de la pauvreté.

Confondre les causes et les effets… fréquente erreur de logique.

A la source de nombre de « réécritures de l’histoire », du point de vue sociologique de principes erronés ou excessifs de méritocratie, ou de celui de l’innovation et de l’entrepreunariat, de prises de risque secondairement amplifié, inutiles et superflues.

Et si l’on réussissait à s’en affranchir ? Cela permettrait de construire beaucoup plus de choses, plus belles et plus grandes. Comment, par exemple, espérer voir un jour naître un nouveau Google en France, sur ces bases ?

L’effort, l’erreur, l’échec, sont utiles : ils servent à acquérir le réflexe mental d’identifier rapidement une mauvaise voie pour l’abandonner et immédiatement chercher un autre mode de résolution du problème, mais n’ont pas intrinsèquement d’autre valeur (pédagogique) que celle-là.

Effet d’une morale judéo-chrétienne ? Faut-il nécessairement enfanter dans la douleur, pour que l’enfant mérite de vivre et s’épanouir ? Faut-il mieux s’entêter à faire pousser un fruit dans le désert, ou essayer de transformer le désert en verger ?



Pommes – Chateau Richeux, Cancale de vincen-t, sur Flickr. (licence CC BY-NC-SA 2.0)
fév 132011
 
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Le lancement d’une Ecole Européenne des Métiers de l’Internet par Jacques-Antoine Granjon (vente-privée), Xavier Niel (Free) et Marc Simoncini (Meetic) a fait le buzz ces dernières semaines. Ce n’est pas tous les jours que des stars de la Net Economie se mêlent d’enseignement, et ils viennent d’ailleurs de réitérer avec la  création d’une chaire e-business à HEC (NB l’article a une photo vraiment sympa, avec tous ces messieurs charmants, mais… où sont les femmes ? :D ).

Je n’y reviens pas car vous avez déjà eu toutes les infos là-dessus, le sujet a été pas mal débattu (Cf. notamment ces plateaux que nous avions faits sur Techtoc), et le besoin est là du point de vue des entreprises.

Par contre je trouve intéressant d’évoquer son modèle-même, qui m’a paru plus souvent susciter doutes et questions, de 2 sortes : Continue reading » Si je créais l’EEMI, j’en ferais une …

jan 092011
 
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Je vous recommande absolument de visionner cette vidéo, et vous promets que vous ne la trouverez pas fastidieuse, même si les questions éducatives ne sont pas du tout au cœur de vos préoccupations ! Il s’agit d’une magnifique illustration animée d’une conférence donnée pour le RSA par Ken Robinson.

Continue reading » Education 2.0 : éducation + créativité. Vers un…

déc 282010
 
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Google a lancé en début de mois aux US sa librairie en ligne Google eBooks : en France, sa relation avec les éditeurs (sauf Hachette) et les pouvoirs publics est connue pour n’être pas au beau fixe. Aujourd’hui, Google prétend aussi pouvoir se servir de son fond numérisé de plus de 5 millions de livres, pour explorer les sciences humaines.

L’enjeu derrière l’édition numérique, et le rôle leader que Google veut s’y donner, est à double échelle.

Il n’est pas juste de « mettre la culture à la portée de tous » : permettre à Monsieur (ou Madame) Tout le Monde de consulter de son fauteuil 3 millions de livres, même ce manuscrit du XXe siècle contenant des scholies écrites 15 siècles plus tôt et relatives à des textes déjà antérieurs de 5 siècles (source blog Google).

Il s’agit aussi de créer et centraliser les outils et services qui vont permettre d’analyser cette culture. Explorer les tendances culturelles. C’est ce que vise l’outil lab Ngram Viewer, grâce à ces 5.200.000 livres déjà numérisés : 4% de tous les ouvrages jamais imprimés dans le monde .

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mar 082009
 
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Lancé jeudi 5 mars, le site faismesdevoirs.com aura fermé dès vendredi 6. Après avoir collecté 80.000 contacts hyper qualifiés en 3 heures et généré l’équivalent de millions d’euros de commandes. Et suscité une levée de boucliers des médias, associations de parents d’élèves, enseignants, etc., dont je trouve qu’elle a parfois balancé entre fausse hypocrisie et vraie ignorance (tant de ce qui existe déjà sur le Web que de ce qui se passe sur les bancs d’une école).

Or on apprend vendredi que fin avril sera lancé JEfaisMesDevoirs.com qui s’annonce une communauté d’entraide et d’échange entièrement gratuite, autour des travaux scolaires entre collégiens, lycéens, étudiants et profs. Succès en perspective si l’on en croit le phénomène viral déjà amorcé autour !

Faismesdevoirs.com est mort, vive JEfaismesdevoirs.com ! Une campagne de buzz réussie ?

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juin 142008
 
14-11-2010 23-38-20

Il y a quelques années, une petite fille alors âgée d’à peine 3 ans, en pleine élaboration d’un puzzle Bambi, m’avait tirée par la manche (comme tous les gamins dès que vous êtes occupé à autre chose plus de 3 secondes et demi) en me disant : « Il a 31 pièces. » J’ai instinctivement répondu « Non, tu te trompes, ce n’est pas possible » (c’est un nombre premier), avant de prendre la peine de regarder le puzzle … auquel il manquait 4 pièces.

L’anecdote n’aurait été qu’une petite leçon (tourner sa langue 7 fois dans sa bouche avant de faire taire les enfants avec nos semi-vérités bien arrêtées d’adultes), si la suite ne m’avait pas scotchée. Elle avait spontanément poursuivi : « Ben oui, 35 moins 4. » Oooops … (euh, mais je croyais que tu ne savais même pas compter jusqu’à 10 ?)

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jan 272008
 
Pygmalion_and_Galatea_(Normand)

Les travailleurs sociaux, les professionnels de l’éducation, des ressources humaines, savent qu’apposer une étiquette est beaucoup plus facile que de la décoller.

Connu en sciences de l’éducation parmi les déterminants de l’échec scolaire liés à l’enseignant même, le phénomène d’étiquetage a été mis en évidence par Rosenthal et Jacobson, qui l’ont baptisé « Effet Pygmalion ». L’effet Pygmalion décrit la capacité des attentes sociales à créer la réalité sociale.
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