2RO, blog de Corinne Dangas

vendredi 7 août 2009

Soumission à l'autorité, de Milgram à Zone Xtrême : que les désobéissants lèvent le doigt ! (1)



Fin 2009 devrait voir la diffusion sur France 2 de La Zone Xtrême, un jeu où chaque mauvaise réponse est punie ... par des décharges électriques !

Le principe est d'une simplicité enfantine : chaque candidat mémorise 27 associations de mots. Il est ensuite interrogé par un autre candidat, qui lui administre à chaque erreur un choc électrique croissant : 20 Volts à la première, 40 V à la deuxième... et ainsi de suite jusqu'à 480 V.

Mais jusqu'où ira la télé-réalité ?!

Rassurez-vous (un peu) : pas bien loin pour l'instant. Le questionné est un comédien, les décharges n'en sont pas : tout ici est faux, sauf le candidat bourreau, testé à son insu sur sa "faculté" à torturer les petits copains sans coup faillir. Le véritable but de l'émission, d'après son producteur : démontrer le pouvoir d’asservissement de la télévision. Comment ? En transposant l’expérience de Milgram dans un jeu télévisuel.

Je veux démontrer que la télé peut faire faire n'importe quoi.

Le documentaire, produit par Christophe Nick, vise en effet à reproduire un classique des manuels de psycho : l'expérience menée aux Etats-Unis dans les années 60, par le psychologue Stanley Milgram, enseignant à Yale.

Des volontaires, enjoints d'administrer à un autre participant des décharges électriques de puissance croissante à chaque erreur, ignoraient que ce prétendu cobaye était complice, et qu'aucun choc électrique n'était en réalité infligé. Démontrant ainsi au passage, et à la stupeur générale, que 62,5% d'entre eux allaient pousser jusqu'à la décharge maximum. Parce qu'un scientifique leur en avait donné la consigne.

Là où la légitimité prenait sa source dans la blouse blanche de la Science chez Milgram, elle émane pour Christophe Nick, producteur de l'émission, de la Télévision, prescriptrice possible selon lui des injonctions les plus absurdes, voire destructrices.

Télé-réalité ou Télé-autorité ?

manettes de réglage

80 candidats ont participé à ce jeu, dont le tournage s’est terminé fin avril. Les résultats bruts doivent être analysés et ne sont pas officialisés, mais selon les constats dévoilés par la presse en avril dernier, 80 % des candidats sont allés au bout.

80 % des candidats auraient administré la tension maximale, torturant et infligeant potentiellement la mort à leur partenaire de jeu. Parce qu'un animateur de télévision leur en avait donné la consigne.   

Il faut prendre avec moultes pincettes la validité même de "l'expérience" et les écarts de contexte à celle de Milgram. Il fallait déjà accepter de participer à un jeu télévisuel. Être "acteur" d'une émission regardée par des millions de personnes est probablement un facteur ou un contre-facteur supplémentaire à "aller au bout". Et c'est sans parler de l'appât d'un gain d'un million d'euros ! (les volontaires de Milgram ne touchaient que 4 $). En outre l'émission n'aura sans doute pas testé les variantes instructives dont Milgram avait éclairé son expérience (Cf. un prochain billet). On est évidemment là dans le divertissement informatif, non dans l'étude scientifique.

Mais le producteur soulève ainsi deux questions. Celle de la force coercitive de la télévision et de ses animateurs, apparemment parés d'une légitimité et d'une influence à la hauteur de toutes les craintes. Et celle des limites des méthodes employées : "jusqu'où peut aller la télé ?"

"La télé utilise tous les moyens de la télé pour tuer la télé."

Face au constat des dérives de certains programmes, où la mort en direct n'est plus très loin d'être le divertissement de demain, l'objectif déclaré du reportage est de mieux comprendre les mécanismes de cette forme de télévision, et le rapport qu'y ont les candidats et téléspectateurs. (Christophe Nick est auteur de plusieurs séries documentaires - Chroniques de la violence ordinaire, Ecole(s) en France, La Résistance... - et du livre "TF1 un pouvoir".)

Or ce supposé documentaire anti-télé-réalité, c’est très exactement de la télé-réalité, utilisée et scénarisée pour les besoins de la démonstration. Il atteint donc là ses propres limites : comment la télé saurait-elle juger la télé ? Libération a ouvert ce débat en opposant à Nick d'user "des mêmes moyens contestables que ces émissions qui poussent leurs participants, volontaires, à explorer leurs bas-fonds". Se prévaloir de morale, d'éthique ou de didactique, ne revient-il pas à donner bonne conscience aux téléspectateurs sur le voyeurisme qui sous-tend leurs motivations ? Est-ce un projet si novateur et instructif, que de démontrer que la télévision peut faire faire n'importe quoi ? A quoi bon enfoncer des portes ouvertes, et flirter avec la ligne blanche pour cela ?

France 2 assure avoir respecté l’ensemble des conditions éthiques imposées par les scientifiques (psychologues, psychosociologues et professeurs de sciences de la communication) associés au projet, notamment un post-suivi des 80 participants. Mais si ceux-ci se voient rassurés au cours du "jeu" sur les effets des décharges ("rien d'irréversible"), quid en revanche des blessures à la dignité humaine, des atteintes à l'image de soi et de l'autre ? Du déni de leurs affects profonds infligé tant aux cobayes, mis quelques minutes face à la conscience d'être plongés dans l'inconcevable, qu'aux tortionnaires réalisant l'épouvantable "facilité logique" à le devenir ? (et c'est oublier les équipes de tournage)

La barbarie est une menace omniprésente, inhérente à la condition humaine. Tout procédé constitutif de la déshumanisation d'autrui, toute banalisation, fût-ce au travers d'un jeu-expérience-documentaire, y concoure. Alors faut-il y jouer pour le démontrer ? Ou faut-il se voiler la face pour s'en préserver ?

La pédagogie utilise-t-elle tous les moyens de la pédagogie pour tuer la pédagogie ?...

Nick dit observer que le leitmotiv des candidats est le sentiment "d'avoir appris quelque chose".

Et l'enseignement qui a émergé des travaux de Milgram (eux-aussi controversés) peut-on d'emblée le dénier à un film ou un reportage de "divertissement" ? Au motif qu'ils ne sont pas le fruit de la réflexion et l'étude d'un universitaire, mais du regard d'un journaliste, d'un scénariste ou d'un écrivain ? Et/ou parce qu'ils cherchent à toucher un large public ?

Éternelle question, et miroir dans le miroir de l'expérience : la blouse blanche fait-elle plus autorité que la télé en matière de pédagogie, la recherche scientifique a-t-elle (et jusqu'où) la légitimité, voire le monopole, d'une fin qui justifie les moyens ? (Pour l'anecdote, Milgram, connu aujourd'hui comme l'un des psychologues sociaux majeurs du XXe siècle, aura d'abord été refusé à Harvard pour son insuffisance d'études en psychologie)

L'émission la posera peut-être. Car l'expérience de Milgram est un classique, largement popularisé, notamment à travers "I comme Icare", film culte d’Henri Verneuil avec Yves Montand, diffusé maintes et maintes fois par la même télévision.

Pas suffisamment pourtant, semble-t-il, pour que la majorité des participants ait réalisé y être plongée. Ce, en dépit d'une hétérogénéité des âges et milieux sociaux qui visait les conditions de représentativité d'un panel, et non celles d'un programme ciblé façon Star Ac' ou Loft Story.

Une autre question, certes très basique, mais intéressante pour le devenir d'une humanité qui, accédant à toujours plus d'informations, est forcément investie de la mission de savoir les analyser et les traiter, serait donc de se demander dans quelle mesure la connaissance antérieure de ce film aura réussi, ou pas, à prémunir certains autres candidats de "tomber dans le piège". A rapprocher aussi de ceux qui l'auront été - ou pas - pour avoir déjà lu "Soumission à l'autorité", ou fait des études en sciences sociales ;) 

Sans conclure, à défaut, que l'un ou l'autre auront été des coups d'épée dans l'eau, cela pourrait le cas échéant démontrer la capacité de la télé à remplir, aussi, dans son contexte et avec une efficience certes limitée mais existante, le rôle de vecteur culturel qu'elle s'est donné. Une aptitude pédagogique à faire contrepoids à ses propres effets pervers, en ayant également eu celui d'élargir le champ de conscience et d'analyse de quelques uns des participants, à l'instant crucial d'administrer la décharge mortelle.

Finalement, pour reprendre les mots de Claude Chabrol au même Libé en 2001 : "A la télé, tout est bien. Il suffit de se mettre à la bonne distance. […] Bien sûr, il y a des choses tellement immondes qu’il faut se mettre très loin, mais c’est passionnant. […] Il faut simplement régler son viseur.
Comme partout.

A suivre. (Milgram et la soumission à l'autorité, processus de l'obéissance et de la désobéissance, déconstruction de la conscience individuelle)

dimanche 22 mars 2009

Post-it achat solidaire



Aujourd'hui on va parler rouge à lèvres ;) L'actu, le nouveau MAC Viva Glam VI Special Edition est sorti.

Acheter des produits "Partage" peut en effet, être une autre façon simple de soutenir Sidaction, toute l'année et en particulier pendant la période de mobilisation.

Ainsi, l'intégralité du prix de vente de la gamme Viva Glam de chez MAC va au M•A•C AIDS Fund pour soutenir la lutte contre le VIH et le sida (17 € pour les rouges et 16 € pour le Lip Glass). Les grands revendeurs (Printemps, Galeries Lafayette et Sephora) renoncent à leurs profits et coûts.

Et si vous achetez des fleurs jusqu'au 15 avril, le choix du printanier Bouquet Solidaire, en ligne ou dans l'une des 3.000 boutiques Euroflorist permettra de reverser 2 € au Sidaction.

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Le Sidaction c'est jusqu'au 11 avril.

Et vous, quand vous faites un achat, vous tournez-vous plus volontiers vers un produit contributif ? Et est-ce qu'en général vous vous sentez aussi / plus incité à contribuer par vos achats, ou par des dons en cash ?

Les produits partage sont-ils un bon moyen de soutenir des causes, ou au contraire, consommation et éthique vous paraissent antinomiques ?

samedi 21 février 2009

Les valeurs d'entreprise. Résoudre la question "valeurs éthiques ou valeurs marketing ?"



J'avais évoqué dans un précédent billet l'importance fondamentale que prend, dans une démarche de changement, la perception, voire l'action sur la structure de valeurs, tacites ou explicites, de l'entreprise. Formalisées ou non, les valeurs existent dans toute organisation.

Or je viens de finir le dernier ouvrage reçu, "Les valeurs", de Thierry Wellhoff (dirigeant fondateur de l'agence Wellcom), et je n'ai pu assister à la présentation par l'auteur, mais je conserve de cette lecture l'excellente analogie à un "code génétique". Son approche élargit en effet la dichotomie usuelle : valeurs identitaires (marketing, commerciales, visant le profit, externes, orientées clients), vs valeurs éthiques (RH, comportementales, citoyennes, de contribution sociétale, internes, orientées collaborateurs).

Les valeurs et l'entreprise

A l'origine, le constat du développement ces dernières années de cette notion de "valeurs" en entreprise. Réponse, bien souvent, à des nécessités ou des objectifs environnementaux : il faut faire de l'équitable, de l'éthique, du durable, du communautaire, bâtir sa réputation ...

Mais porter des valeurs par essence universelles, revient à soi seul à enfoncer des portes ouvertes. Ce sont bien leur priorisation, leur juxtaposition, leur mode d'application, qui construisent un code propre à chaque entreprise. Fort de ce constat, Thierry Wellhoff souligne lui aussi qu'il est plus pertinent de parler de système de valeurs, que de valeurs.

Le livre débute sur une synthèse des connaissances ("Comprendre les valeurs"), puis établit donc un panorama complet et la cartographie des valeurs choisies par les entreprises ("Connaître les valeurs"), large extrait de l'Index international des valeurs corporate ®. Où l'on découvre par exemple que "L'Innovation" est la plus souvent retenue, par 31% des entreprises françaises étudiées.

Enfin, et c'est cette dernière partie du bouquin ("Engager une démarche valeurs") qui me semble la plus à même d'être soulignée, sont exposés les meilleures pratiques et les bénéfices à en espérer . les valeurs Wellhoff

Les valeurs : Donner du sens, guider la communication, construire la réputation

L'intérêt d'une démarche de formalisation des valeurs

Les valeurs réalisent une "intersection" entre l'entreprise et ses différents publics (internes, externes) : un axe de convergence entre son système propre et celui que propose l'entreprise, où chaque individu va pouvoir identifier des fondamentaux qu'il partage.

Porteuses de vision et de sens, elles sont donc très pratiquement, le moyen simple, "implicitement explicite", d'indiquer à chaque collaborateur l'orientation à prendre dans chaque problème quotidien auquel il est confronté. Tout comme elles sont celui de clarifier le discours externe et sa différenciation à la concurrence.

" Identitaire + Ethique = Réputation "

Au final, toute l'équation tient en la volonté de mettre en cohérence le "dire" et le "faire". Un système de valeurs clairement formalisé et déployé est normalement apte à fédérer ces deux visions de l'entreprise : celle qui vend, s'adresse à ses clients et génère du revenu, et celle qui cherche à s'intégrer dans la société et à la servir. 

Mais confrontées à l'ambivalence, nombre d'entreprises privilégient l'un ou l'autre axe dans leur choix de valeurs, voire renoncent simplement à toute démarche de formalisation.

A ceux intéressés à s'y essayer dans leur entreprise (direction générale, RH, communication, marketing), le livre offre donc un outil pragmatique qui les y aidera. Car in fine, parvenir à formaliser ce code génétique propre à chaque entreprise, c'est être capable de réconcilier et répondre à ces différents enjeux, et de garantir la cohérence de sa communication.

Le site de l'ouvrage  -  Voir sur Amazon : Les valeurs (T.Wellhoff)

samedi 14 juin 2008

"Toute personne engagée dans la vie active est en droit de faire valider les acquis de son expérience."



Il y a quelques années, une petite fille alors âgée de 2 ans 1/2, en pleine élaboration d'un puzzle Bambi, m'avait tirée par la manche (comme tous les gamins dès que vous êtes occupé à autre chose plus de 3 secondes et demi) en me disant : "Il a 31 pièces". J'ai instinctivement répondu "Non, tu te trompes, ce n'est pas possible" (c'est un nombre premier), avant de prendre la peine de regarder le puzzle ... auquel il manquait 4 pièces.

L'anecdote n'aurait été qu'une petite leçon (tourner sa langue 7 fois dans sa bouche avant de faire taire les enfants avec nos semi-vérités bien arrêtées d'adultes), si la suite ne m'avait pas scotchée. Elle avait spontanément poursuivi : "Ben oui, 35 - 4". Oooops ... (euh, mais je croyais que tu ne savais même pas compter jusqu'à 10 ?)

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samedi 31 mai 2008

S'il n'y avait pas d'injustices, le mot justice n'existerait pas.



Catastrophe du jour, au lieu de vouloir faire maîtresse d’école comme tout le monde, ma fille vient de m’annoncer "Quand je serai grande, je veux être juge ou policière". Avant d’ajouter "Je préfère juge ... mais je pourrais être policière juste le mercredi et le dimanche ?"

A quoi je lui ai répondu "Mais oui ma chérie, il suffira de prendre un peu plus de temps pour juger les gens, que tu n’en auras pris pour enquêter sur leurs méfaits et les arrêter. Et tu pourras sans doute être policière 2 jours par semaine, et juge le reste du temps."

J'ai trouvé l'anecdote une jolie leçon que l'histoire n'a pas souvent appliquée : les hommes sont toujours prompts à exercer sans compter leur sens de la justice à refaire les procès du passé, plus rarement à éclairer de raison ceux d'aujourd'hui !


... Mais j’ai un doute, après coup, quant à la validité de ma réponse. Aurais-je plutôt dû lui conseiller d’éviter dès maintenant toute fâcheuse propension à tout ce qui est juste, équitable, droit, logique, rationnel … ou d’ambitionner plutôt de devenir trader ?

vendredi 27 juillet 2007

Partenariat Sidaction - eBuyClub : vos achats aident à lutter contre le sida.



eBuyClub, que j'ai déjà évoqué ici, permet habituellement à ses membres de recevoir une commission sur chacun des achats qu'ils effectuent chez l'un des 500 marchands partenaires.

En effet, contrairement aux autres portails et comparateurs de prix, Plebicom (société éditrice du site) vous reverse une partie de la commission qu'elle-même perçoit des marchands en tant qu'apporteur d'affaires. C'est le concept habituel du "cash back", dont elle a été l'innovatrice en France. Cela ne coûte que l'effort de passer par le portail pour réaliser son achat.

Sur ce principe, Sidaction et eBuyClub ont imaginé encore mieux, et inaugurent ici une nouvelle façon, éthique et solidaire, de faire ses achats et combattre le sida.

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lundi 22 janvier 2007

"Mes amis, au secours !"



"Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir gelée cette nuit à 3 heures." C'est ainsi que commençait l'appel pour les sans-abri lancé sur les ondes par l'abbé Pierre, le 1er février 1954.

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