juil 272012
 
transdisciplinarite-1

Si vous lisez de temps à autre ce blog, vous savez comme j’aime les petites étiquettes et le cloisonnement disciplinaire. :)

Or je viens de lire cette phrase dans un rapport de l’Institut Montaigne : « encourager la transdisciplinarité entre l’informatique, les sciences de gestion, l’économie, le marketing et les sciences humaines et sociales. » Et ce mot, « transdisciplinarité », appliqué à un champ de disciplines nommées, m’a paru montrer une direction autre que celle qu’il faudrait regarder… au risque de masquer les retournements et la portée des changements de paradigme, qui peut-être s’y jouent.

Dans les dessins suivants, j’ai utilisé des lampes-projecteurs  pour représenter des disciplines, et tenter de les décrire.

Une discipline éclaire son objet d’étude.

Pour peu que – comme l’eau – cet objet ne soit pas opaque, il se passe alors deux choses :

  • L’essentiel de la lumière reçue, absorbée, éclaire le champ d’études en profondeur. Ainsi, plus l’éclairage disciplinaire devient soutenu, plus les tréfonds de l’objet deviennent visibles, nets, compréhensibles dans leurs moindres rouages.
  • Une petite quantité est réfléchie. Renvoyant à la discipline (et à son environnement) un savoir sur elle-même, elle participe à la consolider et l’élargir.

Ainsi, au fil du temps, la connaissance s’élabore et se précise. La discipline se structure en systèmes et sous-systèmes (qui peuvent eux-mêmes devenir disciplines).
Mais elle restera déterminée – dans sa conception initiale – par l’angle d’incidence du faisceau.

Nous sommes ici dans une conception clairement verticale, rationalisante, cartésienne, des savoirs.

La pluridisciplinarité, une juxtaposition.


Première démarche à faire se rencontrer plusieurs disciplines, ce sont deux (ou plusieurs) éclairages complémentaires, qui se penchent sur le même objet d’étude.

Les apports de vue sont très larges (les surfaces éclairées de l’objet sont étendues, chaque discipline traitant un continent distinct). Mais les approches restent nettement spécifiques (chaque éclairage possède sa propre « longueur d’onde », chaque discipline sa culture, ses concepts, ses méthodes). Elles ne font que s’additionner, sans s’enrichir mutuellement. Tout dialogue tendant à produire une vision commune est difficile, sinon inexistant.

L’interdisciplinarité, un partage.


Là où la pluridisciplinarité est une réunion, l’interdisciplinarité construit une intersection (pensez aux symboles ∪ – union – et ∩ – intersection – de la théorie des ensembles, que l’on utilise au collège).

L’interdisciplinaire suppose la mise en commun de valeurs, de concepts, de connaissances, d’analyses, d’outils ou de méthodes. C’est cette zone de culture commune qui permet un dialogue entre les disciplines. (de cette intégration peut d’ailleurs émerger une discipline à part entière.)

La culture, ce qui est partagé.


Si l’on observe cette « zone culturelle commune », lieu de la rencontre entre plusieurs disciplines, on constate qu’elle peut relever :

  • des disciplines elles-mêmes (leurs concepts, méthodes, outils…) : la zone surlignée en vert sur le dessin.
  • ou des connaissances qu’elles ont acquise sur un objet commun d’étude : en rose sur le dessin.

Ainsi, plus les disciplines sont initialement proches, plus elles partagent déjà une culture, des pratiques communes. A l’inverse, voyez comme, très éloignées, elles ne tendent à se rencontrer que dans la connaissance avancée, en profondeur, de leurs applications.

Une convergence, une zone de rencontre, peut toujours émerger entre des disciplines, même très éloignées : sous condition de régler l’intensité suffisamment fort, ce qui est la qualité de disciplines anciennes, largement consolidées sur elles-mêmes et sur leur champ d’étude (ex. les mathématiques).

La transdisciplinarité, une circularisation des savoirs

La dimension étonnante de la transdisciplinarité, c’est de nous faire quitter cette attaque angulaire de l’objet, en faisceau vertical, que nous avons vue jusqu’ici (qui est celle de l’hyperspécialisation et de l’expertise).

Les arbres des disciplines, des sous-disciplines et des interdisciplines, depuis quelques siècles, se sont multipliés et étoffés. Au point d’atteindre une densité difficilement concevable et jamais égalée, et de nous donner ainsi la faculté de voir naître… une forêt !

Il n’est question ici ni d’une tentative élargie d’interdisciplinarité, ni d’une « discipline-reine » (comme l’anthropologie, par exemple), mais bien plus d’une connaissance des connaissances :

  • qui fait clairement émerger la construction systémique de toutes les disciplines,
  • et qui rend palpable la capacité de cette structure, de la culture propres à une discipline lambda, à être acquises puis transposées, intégrées dans une nouvelle dimension. (la thermodynamique en est certainement un bon exemple)
Le changement de paradigme en train de se dérouler, mène d’une vision verticale et rationalisante, à une conception circulaire, intégrative, des savoirs

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  4 Responses to “La circularisation des savoirs, « le » nouveau paradigme de la société de la connaissance ?”

  1. un article superbement rédigé ! je découvre le blog et après avoir lu quelques articles, j’ai déjà appris beaucoup de choses !

  2. Je suis touchée, merci Stannah pour ce commentaire ! A bientôt,

  3. [...] complexe et accéléré. Il faut comprendre la non linéarité de la construction de connaissance (Cf. aussi ce billet) [...]

  4. [...] des savoirs Ce mouvement est radical, paradigmatique. Je décrivais dans ce billet le renversement, vers une intégration circulaire, que tend à réaliser la transformation globale qui [...]

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